Être aidant de son proche (enfant, conjoint, parent) requiert de l’énergie, du temps, de la patience, des concessions et une disponibilité sans faille. Être aidant c’est mettre sa vie entre parenthèses, c’est un rôle important qui peut avoir des conséquences sur le quotidien, la vie de famille, les relations avec les amis, la vie sociale et professionnelle.S’installe alors, petit à petit, l’isolement. Comment s’en sortir ?
Pourquoi les aidants s’isolent ?
Le manque de temps
Les rendez-vous médicaux, les soins, les démarches, la gestion au quotidien... laissent peu de place à la vie sociale. Les invitations sont déclinées, les appels reportés, jusqu'à disparaître.
L'épuisement
Quand on est déjà vidé, l’idée même de sortir ou de discuter peut sembler insurmontable. “Je n’ai plus d’énergie pour parler de moi” est la phrase qui revient souvent. On a qu’une envie, se reposer.
Le sentiment d'incompréhension
Beaucoup d’aidants ont l'impression que les autres ne peuvent pas comprendre la réalité de leur rôle et de leur quotidien. Cette distance crée une barrière émotionnelle et accentue le repli sur soi.
La culpabilité
Certains se sentent coupables de prendre du temps pour eux ou de laisser leur proche à quelqu'un d'autre, même pour une heure. "Si je m'amuse alors il/elle souffre, c'est mal."
Les jugements ou maladresses
Des remarques comme “tu devrais te reposer” ou “tu dramatises” blessent, même si elles partent d'une bonne intention. L’aidant se tait pour éviter d’être jugé.
Les conséquences de la solitude et de l'isolement
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Perte de repères et de confiance en soi
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Risque accru de dépression ou de burn-out
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Surcharge émotionnelle sans possibilité d’exutoire
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Isolement du proche aidé lui-même, car le bien-être de l'aidant influence directement le sien
Comment sortir progressivement de la solitude ?
La solitude de l’aidant s’installe souvent par accumulation : fatigue, manque de compréhension, désengagement de l’entourage et absence d’écoute adaptée. Sortir de cet isolement ne veut pas forcément dire “voir du monde” mais retrouver du lien, du soutien et du sens.
Oser parler de ce qu’on vit
Pourquoi c’est important ? Le premier pas vers la reconnexion, c'est de mettre des mots sur ce que l’on traverse. Tant qu’on garde tout à l’intérieur, la fatigue émotionnellegrandit. Parler, c’est se réapproprier son histoire, ce n’est plus “subir”, mais “témoigner”, faire face à la situation et à ce sentiment d’isolement.
Comment le faire concrètement ?
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Choisir une personne de confiance : ami, collègue, professionnel de santé autre qu’aidant, à qui parler librement de sa situation
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Préparer ce qu’on veut dire : par exemple “j’ai besoin que tu m’écoutes, pas que tu trouves une solution”
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Participer à des espaces d’écoute : lignes téléphoniques pour aidants, permanences locales, cafés des aidants
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Si c’est difficile de parler à voix haute, il est possible d’écrire (journal, lettre, mail non envoyé) car peut aider à libérer la parole
Il faut partir du principe que parler c’est déjà commencer à alléger la charge. Le silence pèse toujours plus que la parole et l’écoute est important, dans toutes les situations et surtout pour préserver la santé mentale. Toute personne a besoin de compagnie, physique ou autre. Ces liens sont essentiels.
Rejoindre un groupe d’aidants
Pourquoi ?
Les groupes d’aidants permettent de rompre le sentiment d’être seul à vivre ça. C’est un espace où tout le monde comprend sans juger, un lieu de partage d’expériences, de conseils et d’empathie réelle.
Comment cela se passe concrètement :
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Chercher un “Café des aidants” près de chez vous souvent organisé par les CCAS(Centre Communal d’Action Social) ou les associations locales
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Participer à un groupe en ligne si le déplacement est difficile (forums, groupes Facebook sérieux et modérés)
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Se tourner vers des associations spécialisées selon la pathologie ou le handicap concerné ou des associations d’aidants
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Commencer par écouter sans forcément parler : la participation peut être progressive, selon le niveau de confort
Le groupe est un miroir bienveillant : on y découvre qu’on n'est pas seul, qu’on n’est pas “anormal”, et qu’on peut s’en sortir.
Accepter l’aide sans culpabilité
Pourquoi ?
Refuser l’aide, c’est souvent un réflexe de protection : peur de déranger, de ne pas être compris, ou de “laisser tomber” la personne aidée. Mais accepter l’aide, c’est se respecter, et cela permet de durer dans le temps et de préserver sa santé mentale.
Pour cela :
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Se rappeler qu’être aidant est un travail à part entière, et qu’aucun travailleur ne peut tenir sans relais
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Accepter les petites aides : un repas apporté, une course faite, un moment de garde
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Dire “oui” même si c'est inconfortable au début, c’est un apprentissage
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Utiliser les aides professionnelles (aides à domicile, service de répit, soutien administratif) sans culpabiliser
L’aide reçue ne retire rien à la valeur de l’aidant, au contraire, elle la renforce !
Créer des petits moments de répit
Pourquoi ?
Le répit ne se résume pas à de grandes vacances. Ce sont aussi des micros-moments de respirations qui permettent de recharger l'énergie émotionnelle et physique.
De quelle manière :
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Identifier les petites fenêtres de calme dans la journée : 5 à 10 minutes suffisent parfois.
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Utiliser ce temps pour une activité nourrissante : un café au soleil, écouter de la musique, méditer, jardiner.
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Instaurer un ”rituel de pause” régulier, même symbolique (un bain, un film, un appel à un ami)
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Se rappeler que le répit peut être partagé : par exemple, prendre un moment agréable avec la personne aidée, sans enjeu de soin
Ce n’est pas la durée du répit qui compte, mais sa régularité et sa qualité.
Pour des instants de répit plus longs, pensez aux solutions de répit. Ce sont des solutions qui permettent l’intervention d’une personne formée pour vous relayerauprès de votre proche afin de vous permettre de vous absenter, souffler, aller boire un café ou participer à toute autre activité vous permettant de sortir de cette solitude.
S’appuyer sur les associations et les réseaux d’aidants
Pourquoi ?
Les associations et réseaux spécialisés sont des ressources précieuses : elles orientent, conseillent, soutiennent, et offrent des espaces de répit ou de partage.
Où chercher ?
En France, il existe des associations et des réseaux utiles. Il y a notamment :
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Plateforme nationale “Je réponds aux aidants” : 0 800 360 360 (écoute et orientation gratuite)
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France Assos Santé
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Association Française des Aidants
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Unapei (pour les parents d’enfants avec un handicap)
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Cafés des Aidants (qui est un dispositif national)
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Maison des aidants (présente dans de nombreuses villes)
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Associations selon le profil de la personne aidée (Autisme France, AFM-Téléthon, France Alzheimer, etc.)
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Sites et forums d’aidants : Mon Parcours Aidant, Avec Nos Proches, JNAidants
S’appuyer sur un réseau, c’est accepter qu’il existe un “nous derrière le “je”. Ces structures offrent une écoute, un accompagnement psychologique et l’orientation nécessaire vers les dispositifs de répit.
Entretenir le lien autrement
Pourquoi ?
Quand on manque de temps ou d’énergie, le lien social peut se transformer ou s’adapter, sans disparaitre. Entretenir le lien autrement, c’est rester connecté au monde, sans pression.
De quelle manière :
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Envoyer un message, une photo, un vocal, même bref, à un proche
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Garder un contact léger, mais régulier avec quelques personnes bienveillantes
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Participer à des activités partagées simples : promenade, cuisine, film, bénévolat doux
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Utiliser le numérique pour maintenir le lien (visio, groupe WhatsApp, correspondance)
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Forums ou pages sociales dédiées au handicap ou à la parentalité particulière : on peut y trouver les réponses aux questions ou interrogations
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Groupes WhatsApp d’aidants : les autres aidants peuvent partager leur expérience et aider si l’on rencontre un problème précis ou si l’on est dans une situation complexe psychologiquement
Le lien n’a pas besoin d’être parfait pour être vivant. Il ne faut pas se dire que tout cela est virtuel, c’est une vraie communauté d’écoute.