Quand un proche est atteint d’un cancer, trouver les bons mots peut être difficile et beaucoup d’aidants se sentent maladroits. En tant qu'aidant, savoir quoi dire, et quoi éviter de dire, permet de mieux communiquer et de soutenir son proche sans maladresse afin de préserver la relation au quotidien.
Ce que l’on peut dire et qui aide le proche malade
Avant toute chose, il faut se dire que chaque personne vit la maladie à sa manière. Certaines ont besoin de parler, d’autres non. Certaines utilisent l’humour, d’autres préfèrent la pudeur. Il n’existe pas de règle universelle, mais plutôt des repères. Le plus important est souvent de s’adapter à ce que la personne exprime, verbalement ou non.
Exprimer sa présence
Parfois, les phrases les plus simples sont les plus réconfortantes :
- “Je suis là pour toi” : c’est une manière de réaffirmer votre présence
- “Tu n’es pas seul(e)” : même si vous ne vivez pas cette épreuve avec votre proche, vous êtes présent pour lui.
- “Si tu as besoin de parler, je t’écoute” : vous êtes à l'écoute et vous prenez le temps nécessaire afin de permettre à votre proche de se livrer en toute confiance
Ces mots n’essaient pas de résoudre la situation. Ils rappellent simplement que la personne n’est pas abandonnée face à la maladie.
Reconnaitre ce que la personne traverse
Valider ce que ressent la personne peut être profondément apaisant :
- “Ce que tu vis à l’air vraiment difficile”
- “Tu as le droit d’être fatigué(e), en colère ou triste”
- “C’est normal que tu te sentes comme ça”
Reconnaître la souffrance de votre proche ne l'aggrave pas ; au contraire, cela permet souvent à la personne de se sentir comprise.
Poser des questions ouvertes (si la personne le souhaite)
Plutôt que d’imposer une conversation, vous pouvez commencer par cela :
- “Est-ce que tu as envie de parler aujourd’hui ?”
- “Comment tu te sens en ce moment ?”
Cela laisse à la personne le choix de parler ou non.
Proposer une aide pratique
C’est quelque chose auquel on ne pense pas forcément, mais les malades du cancer peuvent avoir besoin d’aide concrète. Beaucoup hésite par peur de déranger, d’où l’importance de proposer de vous-même. Cela peut se manifester par une aide pour aller chercher les enfants à l’école en même temps que les vôtres, par la réalisation de quelques courses, du ménage, de l’administratif, ou par un accompagnement en voiture à l'hôpital pour des examens ou une chimiothérapie.
Parler d’autre chose
La maladie peut prendre toute la place, mais la personne reste bien plus que son cancer, elle n’est pas définie par cela. Parler de sujets du quotidien, de souvenirs, de projets (même simples) peut apporter de l'air et rappeler une forme de normalité.
Ce qu’il est préférable d’éviter de dire
Les phrases toutes faites ou les comparaisons
Même dites avec de bonnes intentions, certaines phrases peuvent être douloureuses :
- “Il faut rester positif”
- “Mon voisin a eu la même chose et il s'en est sorti"
- “Il y a pire que toi”
- “Avec ton type de cancer tu as de la chance, ça aurait pu être pire"
Ces phrases peuvent donner l’impression que la personne n’a pas le droit d’avoir peur ou d’aller mal.
Les injonctions et conseils non demandés
Sauf si la personne sollicite des conseils :
- “Tu devrais…”
- “A ta place, je ferais...”
- “Si tu te bas, tu vas gagner”
Le cancer n’est pas une question de volonté. Ces propos peuvent involontairement faire peser une responsabilité injuste sur la personne malade.
Minimiser ou dramatiser
Deux extrêmes à éviter :
- Minimiser : “Ce n’est rien”, “Ça va aller”
- Dramatiser : “parler constamment de la mort ou du pire scénario
L’un comme l’autre peut empêcher une communication sincère.
Parler de courage
Il est important d’être attentif aux mots et au langage que l’on emploi. Les personnes atteintes d’un cancer n’ont pas toujours envie d’être courageux, forts mais ils n'ont pas le choix. Parfois, la colère prend le dessus et il faut le comprendre. Elles peuvent être tristes et n'avoir plus envie de se battre le temps d'une journée.
Lui dire de garder le moral
L’une des plus grosses erreurs est de dire cette phrase toute faite “le moral c’est 90% de la guérison”. Cela peut vouloir dire que si la personne n’a pas le moral à un moment, elle ne va pas guérir. Il faut éviter également les expressions qui suggèrent que la maladie peut se guérir avec de la volonté “tout est dans la tête". Il faut éviter d’être moralisateur.
Parler de soi à la place de l’autre
Il est naturel de vouloir partager son ressenti, mais attention à ne pas déplacer le centre de la discussion :
- “Moi, ça me fait tellement peur”
- “Je ne dors plus à cause de ça”
Ces émotions sont légitimes, mais elles peuvent être partagées avec d'autres personnes que le malade lui-même.
Que dire quand on ne sait pas quoi dire
Il est tout à fait acceptable de dire :
- “Je ne sais pas quoi dire, mais je tiens à toi”
- “Je ne veux pas dire de bêtises, mais je suis la"
L’authenticité est souvent plus précieuse que des mots parfaitement choisis. Parfois, le silence accompagné d’une présence, d’un regard, d’un geste, peut être plus fort que n'importe que discours.
Reconnaitre que l’on n’est pas parfait
Les aidants ont souvent peur de mal faire. Pourtant, il est impossible d’être parfait dans une situation aussi complexe. Des maladresses peuvent arriver, des mots peuvent dépasser la pensée. Cela ne remet pas en cause l’amour ou l’engagement. L’essentiel est de rester à l’écoute, prêt à ajuster, et à reconnaitre si une phrase a blessé involontairement.
Soutenir une personne atteinte d’un cancer ne passe pas par des discours héroïques ou des paroles magiques. Cela passe avant tout par une présence sincère, une écoute respectueuse et une communication empreinte d’humanité. Dire “je suis là” et le montrer jour après jour, est souvent ce qu’il y a de plus précieux.
Une question est une porte, pas une obligation de réponse. Si la personne ne répond pas, change de sujet ou reste silencieuse, ce n’est pas un échec. Le simple fait d’avoir proposé un espace de parole est déjà un soutien.
Des petits cadeaux qui font chaud au cœur
Quand on ne sait pas quoi dire, on peut aussi manifester sa présence en offrant des petits cadeaux :
- Un bouquet de fleurs
- Un massage relaxant
- Une box week-end détente
- Une box adaptée au traitement (vernis, maquillage, soins etc)
FAQ
1 - Quelles questions poser pour ouvrir le dialogue sans l’imposer ?
- Comment tu te sens aujourd’hui ?
- Est-ce que tu as envie de parler ou tu préfères autre chose ?
- Est-ce que c’est un bon moment pour toi ?
- Qu’est-ce qui te ferait du bien là, maintenant ?
2 - Quelles questions pour comprendre ses besoins ?
- De quoi as-tu le plus besoin en ce moment ?
- Est-ce qu’il y a quelque chose que je peux faire pour t’aider ?
- Qu’est-ce qui est le plus difficile pour toi en ce moment ?
- Qu’est-ce qui t’aide, même un peu, quand ça ne va pas ?
3 - Quelles questions pour parler de la maladie (si la personne le souhaite) ?
- Comment tu vis les traitements en ce moment ?
- Est-ce que tu aimerais que je t’accompagne à un rendez-vous ?
- Est-ce qu’il y a des choses que tu n’oses pas dire aux médecins ?
- Qu’est-ce qui t’inquiète le plus aujourd’hui ?
4 - Quelles questions pour parler des émotions ?
- Est-ce qu’il y a des moments où la peur est plus forte ?
- Est-ce que tu te sens parfois découragé(e) ou épuisé(e) ?
- Qu’est-ce qui te fait tenir dans les moments difficiles ?
- Est-ce que tu te sens suffisamment entouré(e) ?
5 - Quelles questions pour respecter ses limites ?
- Dis-moi si je suis trop présent(e) ou pas assez
- Est-ce qu’il y a des sujets que tu préfères éviter ?
- Est-ce que tu préfères que je te pose des questions ou que je te laisse venir à moi ?
6 - Quelles questions pour parler d’autre chose (et souffler) ?
- Tu te souviens de...
- Qu’est-ce qui te fait sourire en ce moment ?
- Tu as envie qu’on parle d’autre chose un peu ?
- Qu’est-ce que tu aimerais faire quand tu auras un peu plus d’énergie ?
7 - Quelles questions quand on ne sait pas quoi dire ?
- Je crains de mal faire, tu peux me dire ce qui te ferait du bien ?
- Je ne sais pas toujours comment t’aider, mais je veux apprendre
- Dis-moi simplement si tu as besoin de moi